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La protection du patrimoine religieux du Karabakh : l’UNESCO en prise avec le spectre de l’Albanie du Caucase

Depuis la réunion du 4 février entre les dirigeants arménien, azerbaïdjanais, français et du Conseil de l’Europe, la perspective d’une mission de l’UNESCO dans les pays protagonistes du conflit du Karabakh semble se préciser. L’Arménie et l’Azerbaïdjan se disputent l’appartenance de plusieurs édifices religieux chrétiens de la région. De nombreux et vifs échanges de déclarations entre les deux pays se sont succédé ces derniers mois, qui se sont soldées par une résolution à charge du Parlement européen contre l’Azerbaïdjan le 9 mars. En effet, les revendications azerbaïdjanaises se fondent sur leur héritage de l’ancienne Albanie du Caucase zoroastrienne puis chrétienne. Quelques éclaircissements historiques relatifs à cette querelle patrimoniale s’imposent pour mieux comprendre les représentations nationalistes en jeu dans ces deux pays sud-caucasiens.

En 1990, à l’heure de la chute du bloc soviétique, un article écrit par Farida Mamedova [1] consacré au problème de l’ethnos albano-caucasien paru en France dans les Cahiers du Monde russe et soviétique faisait l’objet d’une discussion par Patrick Donabédian [2] . Ce dernier était particulièrement critique au sujet de l’origine de l’écriture et des inscriptions portées sur de nombreux monuments chrétiens telle que présentée par l’autrice. Cette opposition doctrinale résume à elle seule les débats historiques arméno-azerbaïdjanais qui n’ont pas vraiment évolué depuis cette époque. Et elle illustre parfaitement les batailles historiographiques interminables qui sous tendent les représentations nationalistes partout dans le Caucase.

C’est justement ce débat précis qui vient de rejaillir ce mois de février 2022 qui a vu la dispute au sujet de l’appartenance nationale d’édifices chrétiens de la région du Karabakh prendre une importance particulière dans la perspective d’une mission prévue de l’UNESCO. Celle-ci viserait à protéger le patrimoine religieux de la région et s’inscrirait dans le cadre du processus de résolution du conflit qui oppose les deux pays.

* Toutes les cartes ont été réalisées par Lucie Simoneau à partir des données fournies par l’auteur. 

L’actualité du différend

Ainsi la déclaration du ministre de la Culture azerbaïdjanais du 3 février selon laquelle un « groupe de travail composé de spécialistes qui connaissent l’histoire et l’architecture albanaise a été mis en place pour supprimer les soit-disant traces écrites par les Arméniens sur les temples religieux albanais » a fait l’objet d’une rectification de sa part le 7 février, prétextant « de fausses informations émises par des médias étrangers partiaux au cours des derniers jours», pour préciser le projet de l’État azerbaïdjanais. Il a ainsi parlé d’un «groupe de travail chargé d’étudier ce patrimoine» en avançant que «si des falsifications sont identifiées, elles seront documentées avec la participation d’experts internationaux et présentées à la communauté internationale».

Le ministère des Affaires étrangères arménien a vivement réagi le 8 février par la voix de son porte parole Vahan Hounanian qui a déclaré: «Cela démontre une fois de plus le fait que les cas de vandalisme et de destruction du patrimoine historique, culturel et religieux arménien au Haut-Karabakh pendant la guerre de 44 jours et la période suivante sont délibérées et pré-planifiées, et font partie de la politique d’anéantissement de la population arménienne indigène du Haut-Karabakh». De nombreuses ONG arméniennes ont lancé un appel aux autorités pour qu’elles notifient les mesures prises par l’Azerbaïdjan auprès de la Cour internationale de Justice des Nations-Unies et pour qu’elles s’adressent aux organes compétents de l’ONU dont l’UNESCO pour organiser une visite en «Artsakh».

Après que le ministère de la Culture d’Azerbaïdjan se soit félicité, le 9 février, de la venue prochaine de la mission de l’UNESCO, 

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