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VEILLE UNION EUROPEENNE – Du 25 juin au 1er juillet 2022

Equipe de veille Union européenne : Amandine Paillette, Léo Caget, Antoine Bézier, Etienne Mathieu

26/06/2022 : Manifestation d’opposition à l’OTAN à Madrid en Espagne. -Léo Caget-

Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés à Madrid dans un cortège, pour montrer leur opposition à la guerre et à l’OTAN, en vue du sommet de l’Alliance transatlantique qui doit avoir lieu les 29 et 30 juin dans la capitale espagnole. Cette manifestation rassemblait plusieurs partis, militants et mouvements de gauche, mais aucun membre du gouvernement de gauche radicale n’a été aperçu en soutien à celle-ci. Seul Enrique Santiago, Secrétaire d’Etat à l’Agenda 2030 était présent parmi les membres de la coalition gouvernementale au pouvoir, et s’est abstenu de faire des déclarations officielles. L’une des principales critiques concernait la hausse des dépenses dans le secteur de l’armement, considéré comme privilégié au détriment d’une hausse des dépenses sociales. Les organisateurs ont estimé le nombre de participants à 30 000, quand la préfecture de Madrid n’en a compté que 2200.

27/06/2022 : Athènes et Ankara s’accusent mutuellement sur la question de l’immigration, alors que les autorités grecques ont repoussé près de 1000 migrants en provenance de Turquie en l’espace de trois jours. -Amandine Paillette-

Le 27 juin, la Grèce accusait la Turquie d’avoir tenté pendant trois jours durant, d’envoyer près de 1130 migrants vers les îles grecques situées en mer Égée. Yannis Plakiotakis, ministre grec de la Marine marchande et de la Politique insulaire a indiqué que les bateaux «ont été repérés et repoussés à temps par les autorités portuaires grecques» avant d’ajouter que ces dernières avaient «localisé et repoussé les bateaux passeurs au cours de 24 incidents distincts». Selon les gardes-côtes, les embarcations s’étaient approchées de plusieurs îles grecques dont Lesbos, Chios, Samos, Kos et Rhodes. 

Cet épisode n’est pas le premier, puisqu’en mai dernier Athènes avait annoncé avoir repoussé en une journée seulement, près de 600 migrants en provenance de Turquie. Selon des données officielles, la Grèce serait en proie à une hausse de 30% du nombre de migrants arrivant sur son sol depuis la Turquie au cours des quatre premiers mois de l’année en comparaison à l’année précédente. Yannis Plakiotakis avait d’ailleurs accusé Ankara de favoriser les réseaux de passeurs en déclarant «La Turquie continue de se comporter comme un État pirate violant le droit international et mettant en danger la vie des gens malheureux». Le mois dernier également, Athènes avait appelé «solennellement la Turquie à arrêter de remettre en question sa souveraineté sur les îles de la mer Égée» par le biais d’une lettre transmise au secrétaire général de l’ONU, António Guterres. 

Ces accusations font notamment suite à la décision prise par les autorités turques en mars 2020 d’ouvrir les «portes» du pays à destination de l’Europe. S’en était suivi un mouvement d’exode de milliers de migrants turcs tentant de passer la frontière greco-turque par voie terrestre. Les autorités grecques les avaient alors repoussés avec l’aide de Frontex, l’Agence européenne de contrôle des frontières.

Dans un contexte de revendications territoriales, le président Recep Tayyip Erdogan a récemment annoncé qu’il ne souhaitait plus participer aux rencontres avec les dirigeants grecques organisées jusqu’alors annuellement depuis une dizaine d’années suite à un accord entre les deux pays. Ankara avait d’ailleurs de son côté accusé Athènes de violer les traités de paix signés après les deux premières guerres mondiales en positionnant sur les îles de la mer Égée des troupes.

28/06/2022 : Le Conseil de l’UE approuve la fin des moteurs thermiques à l’horizon 2035. -Léo Caget-

Mardi 28 juin, les ministres de l’Environnement des 27 pays de l’Union européenne ont approuvé le texte portant sur la fin des ventes de véhicules thermiques neufs – essence, diesel -, d’ici 2035. Le texte adopté rentre dans le cadre plus large d’un ensemble de textes proposés par la Commission européenne en juillet 2021, connu sous le nom de « Fit for 55 », visant à réduire les émissions de CO2 de l’UE de 55% en 2030, pour ensuite atteindre la neutralité carbone en 2050 comme le prévoit le Pacte Vert européen. Sur la question des moteurs thermiques, le texte de la Commission prévoit notamment une baisse de 55% des émissions de CO2 du secteur d’ici 2030, puis une baisse de 100% pour 2035.

Les eurodéputés s’étaient déjà prononcés sur le texte quelques semaines plus tôt, en autorisant uniquement les ventes de véhicules neufs électriques à partir de 2035, en exemptant toutefois la filière automobile de luxe (1000 à 10 000 immatriculations par an) de cette mesure jusqu’en 2036. Le vote des députés européens interdisait aussi les véhicules à moteurs hybrides et les biocarburants.

À la suite de la discussion du texte au Conseil « environnement » du 28 juin, les ministres de l’UE ont ajouté une clause pour que la Commission réexamine sa position en prenant en compte les évolutions technologiques, notamment en matière de moteurs hybrides rechargeables. Ils ont aussi amendé le texte pour permettre l’utilisation de carburants synthétiques.

28/06/2022 : La Turquie lève son véto à l’entrée de la Finlande et la Suède dans l’OTAN. -Amandine Paillette-

Le 28 juin, le président turc Recep Tayyip Erdogan a levé son véto contre deux pays de l’Union européenne, la Finlande et la Suède, qui souhaitaient intégrer  l’OTAN. Il s’agit d’une décision historique pour ces deux États, bloqués jusqu’alors par Ankara qui les accusait d’abriter des militants de l’organisation kurde «PKK»; le Parti des travailleurs du Kurdistan, formé en 1978. Cette organisation politique armée est considérée par les autorités turques mais également les États-Unis et l’Union européenne comme «terroriste». La Turquie réclamait aussi la levée de la décision de Stockholm de bloquer les exportations d’armes vers le pays, prise suite à l’intervention militaire turque d’octobre 2019 dans le nord de la Syrie.  

À l’occasion du sommet de l’OTAN qui s’est tenu mardi à Madrid,  une rencontre a été organisée entre le président turc, le président finlandais et la première ministre suédoise. À la suite de plusieurs heures de discussions, Recep Tayyip Erdogan a finalement levé son véto en échange notamment de «la pleine coopération» contre les partisans kurdes du PKK de la part de la Finlande et la Suède. Les autorités finlandaises se sont exprimées sur la rencontre déclarant qu’un mémorandum d’accord a été signé entre les pays pour officialiser cette nouvelle entente. Le président finlandais Sauli Niinistö a annoncé que cet engagement «confirme que la Turquie va, lors du sommet cette semaine, soutenir l’invitation de la Finlande et de la Suède à adhérer à l’Otan».

Ainsi, Jens Stotenberg, secrétaire général de l’Alliance et médiateur du sommet a déclaré «Je suis ravi d’annoncer que nous avons un accord qui ouvre la voie à l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’Otan» avant d’ajouter que cette entente répond également  aux «inquiétudes de la Turquie sur les exportations d’armes et sur la lutte contre le terrorisme». Le 29 juin, les pays de l’alliance ont invité officiellement la Finlande et la Suède à rejoindre l’OTAN dans une déclaration commune annonçant «Nous avons décidé aujourd’hui d’inviter la Finlande et la Suède à devenir des membres de l’Otan et avons décidé de signer les protocoles d’adhésion». Désormais, les parlements des 30 États membres de l’OTAN doivent ratifier l’entrée formelle des deux pays candidats pour que l’adhésion soit reconnue.

28-30/06/2022 : Les dirigeants des États membres de L’OTAN se réunissent pour un sommet à Madrid. -Léo Caget-

Du mardi 28 au jeudi 30 juin, les dirigeants des États membres de l’OTAN se réunissaient à Madrid pour un sommet d’importance sur les orientations stratégiques futures de l’Alliance et sur les enjeux sécuritaires en Europe, notamment dans le cadre de la guerre en Ukraine. Différents sujets ont été abordés et portaient essentiellement sur la réaffirmation et le renforcement du soutien à l’Ukraine, sur le renforcement de la posture de défense de l’OTAN – plus particulièrement sur son flanc oriental en Europe –, sur l’adhésion de la Finlande et de la Suède grâce à la levée du veto turque, et sur l’adoption d’un nouveau concept stratégique, texte clé de l’Alliance transatlantique, qui reconnaît l’importance de la complémentarité entre les dispositifs de l’OTAN et de l’UE.

Lors d’une conférence de presse donnée par le Président français Emmanuel Macron dans le cadre de ce sommet, ce-dernier s’est exprimé afin de qualifier la position de l’OTAN face à la guerre en Ukraine : « Si le continent européen n’est plus en paix, l’Alliance atlantique, pour autant, n’est pas en guerre. La Russie porte seule la responsabilité de cette guerre, et des conséquences graves qu’elle impose au monde entier, pour la sécurité énergétique et alimentaire notamment. »  Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a aussi souhaité rappeler la diversité des défis pris en compte par ces nouvelles orientations : « Nous avons inclus une mention significative concernant le Sud, notamment la zone d’Afrique subsaharienne et du Sahel. C’est une des plus grandes préoccupations pour l’Europe et en particulier pour notre pays en raison de l’instabilité et des risques qui en découlent en termes de flux illégaux de migrants, de terrorisme, de crise alimentaire, de crise énergétique et aussi d’urgence climatique ». Si la nouvelle feuille de route stratégique de l’OTAN désigne la Russie comme « menace la plus significative et directe », le sommet a aussi inclus au dialogue les partenaires présents dans la zone Asie-Pacifique – Japon, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande, Australie -, tout en évoquant la Chine pour la première fois dans son concept stratégique, soulignant « les défis sérieux qu’elle représente », selon les mots du Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg.

01/07/2022 : La République tchèque succède à la France et assume la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. -Antoine Bézier-

À partir du 1er juillet et jusqu’au 31 décembre 2022, la République tchèque préside pour la deuxième fois de son histoire (après une première expérience en 2009) le Conseil de l’Union Européenne et succède ainsi à la France, qui avait assuré cette présidence tournante durant les six premiers mois de l’année 2022. Prague a défini cinq grandes priorités pour sa présidence: la guerre en Ukraine et ses conséquences, la sécurité énergétique, le renforcement de la défense et de la cybersécurité, la résilience de l’économie européenne et les valeurs démocratiques. Le pays souhaite faire de la question ukrainienne l’axe majeur de son action, et il s’agit de maintenir l’Ukraine au premier plan des préoccupations des décideurs et institutions de l’UE malgré la lassitude des opinions publiques, ainsi que d’œuvrer à la reconstruction du pays. Le premier ministre tchèque Petr Fiala a émis l’idée d’un «plan Marshall» pour l’Ukraine, qui pourrait être lancé à l’occasion d’un sommet à Prague consacré à la reconstruction de l’Ukraine. En choisissant comme slogan de sa présidence le titre d’un recueil de discours de l’ancien président tchèque Vaclav Havel («L’Europe comme une tâche»), dans lequel il se faisait fervent partisan du fédéralisme européen, la République tchèque fait acte de bonne volonté et envoie un message à ses partenaires hongrois et polonais du groupe de Visegrád, connus pour leurs positions eurosceptiques. Il s’agira aussi pour Prague de se positionner vis-à-vis des projets initiés par Emmanuel Macron lors de la présidence française, notamment celui de Communauté politique européenne (CPE). La première réunion de la CPE doit en effet se tenir sous la présidence tchèque, lors du sommet de Prague prévu pour les 6 et 7 octobre prochains. À ce stade, le gouvernement tchèque n’envisage pour cet événement rien d’autre qu’une rencontre informelle entre les Vingt-Sept pour discuter de la situation en Ukraine et de l’évolution du dossier des Balkans occidentaux. Prague a en effet des réserves vis-à-vis de l’initiative lancée par Emmanuel Macron. En Europe centrale et orientale, la CPE ravive le mauvais souvenir de la «Confédération européenne» voulue par François Mitterrand en 1989, supposément pour empêcher ou retarder l’adhésion des anciens pays du bloc communiste à la Communauté économique européenne. La République tchèque soutient fermement l’élargissement de l’UE, et est hostile à toute structure qui se substituerait à l’Union européenne et retarderait l’adhésion de nouveaux États à l’Est.

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