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VEILLE SUD-CAUCASE – du 29 janvier au 4 février 2022

30/01/2022 : Pourparlers entre l’UE et l’Azerbaïdjan au sujet d’une extension des exportations de gaz. 

Le 30 janvier, Josep Borell, Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a confirmé être en pourparlers avec l’Azerbaïdjan pour l’augmentation de la fourniture de gaz en cas d’arrêt de la fourniture russe dans le contexte de la crise ukrainienne en déclarant : «Nous sommes prêt au cas où la diplomatie échouerait et nous examinons toutes les options. […] Cela comprend l’amélioration de notre résilience, notamment en travaillant avec des partenaires comme les États-Unis, le Qatar, et l’Azerbaïdjan sur l’approvisionnement en gaz au cas où la Russie déciderait de réduire ou d’arrêter les livraisons». Elin Suleymanov, l’ambassadeur azerbaïdjanais au Royaume-Uni a, par ailleurs, déclaré à des médias britanniques  «S’il y a un besoin urgent comme nous l’avons vu en Turquie, certains volumes seraient bien entendu mis à disposition […] Mais les volumes azerbaïdjanais ne sont pas égaux aux volumes russes, c’est évident». Il a également souligné les capacités d’extension du Corridor Gazier Sud (CGS) en ces termes : «L’Azerbaïdjan pourrait également acheminer du gaz en provenance du Turkménistan, les deux pays s’apprêtant à développer le gisement «Dostlug» en mer Caspienne ».

Kadri Simson, commissaire européenne à l’énergie s’est ainsi rendue en Azerbaïdjan le 3 février pour assister à la 8ème réunion ministérielle du conseil consultatif du CGS à Bakou le lendemain, qui a vu la première participation de la Moldavie qui a exprimé son souhait de développer son approvisionnement en gaz par le biais du CGS, comme la Roumanie ou la Hongrie. Fatih Birol, directeur de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) a déclaré en janvier que la Russie limitait déjà ses livraisons de gaz en évoquant une baisse de 25 % en glissement annuel au cours des trois derniers mois de 2021, son agence estimant que la Russie retient au moins un tiers du gaz qu’elle pourrait exporter à l’UE.

Pour rappel, le gazoduc transadriatique TAP de 878km partant d’Azerbaïdjan et aboutissant en Italie tout en passant par la Grèce et l’Albanie a été mis en service fin 2020 et a une capacité de 10 milliards de mètres cube par an et il en exporte déjà 8,1 milliards dont 1,2 milliards pour la Bulgarie et la Grèce, tout en ayant une capacité d’expansion à 20 milliards de mètre cube par an. Son apport ne pourrait donc pas égaler les 158,5 milliards de mètres cubes exportés en 2020 par la Russie en Europe, soit 40 % de la fourniture européenne. L’Azerbaïdjan a accepté d’exporter 4 millions de mètres cube par jour vers la Turquie pour le mois de février, accord facilité par celui signé entre l’Azerbaïdjan, le Turkménistan et l’Iran le 28 novembre dernier. Le CGS, devenu opérationnel le 31 décembre 2020, comprend Shah Deniz 2, extension du gazoduc du sud-Caucase, le gazoduc transanatolien (TANAP) et le gazoduc transadriatique (TAP).

01/02/2022 : Le Parlement géorgien adopte une résolution en faveur de l’Ukraine sans mentionner la Russie au grand dam des partis d’opposition.

Le Parlement géorgien a adopté le 1er février la résolution de soutien à l’Ukraine avec 74 voix des députés en sa faveur et 33 abstentions. Cette résolution a fait l’objet de débats houleux avec l’opposition souhaitant que la Russie soit expressément mentionnée dans ce texte, ce qui n’a finalement pas eu lieu, les députés du «Mouvement National Uni» déployant même une banderole avec l‘image de l’ancien président Mikheïl Saakashvili emprisonné au moment de l’hymne national et les deux parties s’accusant de se livrer à des «clowneries» durant la commission parlementaire précédant la session plénière. Le MNU, qui détient 30 sièges au Parlement, avait annoncé la veille la fin de son boycott parlementaire, qui a été appliqué de façon intermittente depuis les élections législatives d’octobre 2020, et fixé comme « l’un des axes principaux » de son travail la libération de leur fondateur, par la voix de sa dirigeante Kathia Dekanoidze, démarche saluée par la présidente Salomé Zourabishvili. Le soupçon de conciliation voire de collusion avec la partie russe exprimé par l’opposition à l’encontre du parti au pouvoir a été renforcé cette semaine par l’interdiction qui a été faite à l’opposant russe et ancien député de la Douma, Dmitri Gudkov, d’entrer sur le territoire géorgien qui a été contraint de retourner en Ukraine, subissant le même sort que l’alliée d’Alexeï Navalny, Lioubov Sobol en août dernier alors qu’elle venait d’Arménie. Le député Nikoloz Samkharadze, président de la commission parlementaire des affaires étrangères a fourni des explications à ce refus le 4 février prétextant qu’ Alexeï Navalni, dont il est un soutien, avait qualifié de « rongeurs » les Géorgiens qu’il avait appelé à expulser en masse du territoire russe en 2008, durant le conflit russo-géorgien, et que Dmitri Gudkov lui même faisait partie de la Douma à l’époque de la reconnaissance russe de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud, ce que le principal concerné a démenti en rappelant qu’il n’était devenu député qu’en 2011.

Le texte évoque une «profonde inquiétude du parlement géorgien face à une éventuelle escalade militaire en Ukraine», réaffirme le droit à l’adhésion à l’OTAN, et condamne «toute intention pouvant être dirigée contre la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un État souverain qui menace non seulement l’Ukraine mais aussi toute la région ». Le président du parti au pouvoir «Rêve géorgien» a vivement critiqué les membres du MNU en les accusant de «[vouloir] clairement la guerre» en rappelant qu’à la suite des mesures prises par celui ci en 2008 «20 % des territoires de [notre] pays ont été cédé à la Russie». Le ministre ukrainien des affaires étrangères, Dmitro Kuleba, a néanmoins salué cette résolution la qualifiant de «réaction résolue et ciblée» et déclaré que «la Géorgie sent probablement mieux que quiconque ce qui est en jeu en Ukraine». Plusieurs délégations de partis d’opposition (MNU, Lelo et Droa) sont, dans la foulée, partis en visite en Ukraine les 2 et 3 février.

01/02/2022 : Visite d’une délégation de l’OTAN et contrats d’armement en Géorgie.

Le 1er février, une délégation de l’OTAN conduite par le commandant adjoint et chef d’état major du centre d’entraînement des forces interarmées, Jozsef Szpisjak, s’est rendue en Géorgie en préparation du 3ème exercice OTAN-Géorgie qui aura lieu du 22 au 24 mars prochain (le dernier en date datant de mars 2019). Il y a tenu une réunion de travail avec les commandants adjoints des forces de défense géorgiennes, Zaza Chkhaïdze et Irakli Chichinadze, ainsi qu’il a visité le centre d’entraînement de Vaziani. La veille, le gouvernement géorgien a déclaré qu’il s’apprêtait à acheter des missiles anti-char Javelin FGM-148 supplémentaires aux États-Unis pour une valeur de plus de 26 millions de dollars, somme couverte par un montant alloué par les États-Unis eux même, une demande ayant déjà été faite en août dernier de 82 missiles de ce type et de 46 unités de lancement de commande associés d’une formation et d’une assistance technique. Par ailleurs, la Géorgie aurait l’intention de créer un nouvel avion militaire GE-31 Bora (ancien SU-25 sans composants russes) susceptible d’attirer des financements azerbaïdjanais mais également israéliens et ukrainiens.

01/02/2022 : Le rapprochement entre le Royaume-Uni et l’Azerbaïdjan entaché de scandales de corruption. 

Le 1er février, le ministre des affaires étrangères azerbaïdjanais, Djeyhun Bayramov, et le ministre d’État britannique pour l’Europe, Chris Heaton-Harris, se sont entretenus au téléphone pour se féliciter du 30ème anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques et ils ont évoqué ensemble leur coopération, les questions de sécurité régionale et la présidence azerbaïdjanaise du Forum de l’OSCE pour la coopération en matière de sécurité. La veille, le MAE britannique avait qualifié le massacre de Khodjali de «page tragique de l’histoire de l’Azerbaïdjan» tout en rappelant que le gouvernement britannique de l’époque avait déjà fermement condamné l’événement et ce, en réponse à une question écrite du chef du groupe interparlementaire d’amitié Grande-Bretagne – Azerbaïdjan et membre de la Chambre des communes, Bob Blackman. Le même jour, James Sharp, l’ambassadeur du Royaume-Uni en Azerbaïdjan avait remis au gouvernement azerbaïdjanais une liste d’entreprises intéressées par la reconstruction du Karabakh, notamment dans les secteurs de l’énergie verte et de la construction de centrales solaires. Cependant, plusieurs affaires de corruption ont surgi cette semaine concernant les relations entretenues entre les deux pays, à commencer par la décision d’un tribunal britannique de confisquer 5,6 millions de livres sterling à plusieurs membres millionnaires de la famille du député azerbaïdjanais Djevanchir Feyziyev, par ailleurs membre de la commission parlementaire des relations internationales et des relations interparlementaires, au profit de la National Crime Agency (NCA), suite à des opérations de blanchiment d’argent par le biais de transferts d’argent frauduleux via des banques en Lettonie et en Estonie, de l’utilisation de faux documents et contrats et de la création de sociétés écrans, en vue d’obtenir le statut d’investisseur nécessaire à l’acquisition de droits de résidence dans le pays et la possibilité d’investir dans l’immobilier. Par ailleurs, des documents divulgués récemment ont dévoilé le projet de deux sociétés d’État azerbaïdjanaises (Bos Shelf et Star Gulf FZCO) de détourner 1,7 milliards de dollars de Shah Deniz 2 alimentant le Corridor Gazier Sud, projet dont la British Petroleum aurait été informé sans prendre les mesures nécessaires.

02/02/2022 : Vahagn Kachatourian officiellement candidat du parti «Contrat civil» à la présidence de l’Arménie.

La candidature du ministre de l’industrie des hautes technologies, Vahagn Kachatourian, à la présidence de la république a été officiellement annoncée le 3 février par le premier ministre Nikol Pachinian au début de la séance ordinaire du gouvernement, suite à un vote de 65 députés au Parlement qui a eu lieu le 2 février et réunissant plus du quart des voix des députés nécessaire à cette nomination. Il représentera ainsi le parti au pouvoir «Contrat civil» pour remplacer Armen Sarkissian démissionnaire le 23 janvier. Sa démission étant entrée en vigueur le 31 janvier, le Parlement dispose de 35 jours à partir de cette date pour élire un nouveau président. Vahagn Kachatourian était un proche du premier président Levon Ter Petrossian, et il a été maire d’Erevan entre 1992 et 1996. Il a rejoint Nikol Pachinian lors de son accession au pouvoir en 2018. Sa demande de résiliation de son adhésion au «Congrès National Arménien» faite le 3 février a été acceptée par son ancien parti d’affiliation.

02-03/02/2022 : 8ème réunion de la commission conjointe Hongrie – Azerbaïdjan et Forum des affaires Autriche – Arménie.

La 8ème réunion de la commission conjointe Hongrie-Azerbaïdjan a eu lieu le 3 février, à laquelle a participé le ministre hongrois des affaires étrangères et du commerce, Peter Szijarto, qui a renouvelé son soutien à l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan en soulignant «Notre position n’a pas changé malgré les pressions internationales» et en déclarant que les entreprises hongroises étaient prêtes à participer aux travaux de reconstruction au Karabakh dans le domaine de l’énergie, des transport et de l’agriculture. Il a donné, le même jour, une conférence de presse avec le ministre azerbaïdjanais des affaires étrangères, Jeyhun Bayramov, qui a déclaré que «le déminage est le plus gros problème dans le processus de restauration des territoires azerbaïdjanais libérés […] la partie hongroise accorde une attention particulière à cette question». Peter Szijarto a exprimé le souhait de création d’une infrastructure permettant à la Hongrie de rejoindre le Corridor Gazier Sud.

Parallèlement, le 2 février, le ministre fédéral autrichien des affaires européennes et internationales, Alexander Schallenberg est arrivé à Erevan, accompagné d’une importante délégation d’hommes d’affaires autrichiens, en vue du Forum des affaires arméno-autrichien qui s’est ouvert le lendemain. Il a rencontré son homologue arménien Ararat Mirzoyan avec lequel il a inauguré l’ouverture du bureau de l’Agence autrichienne de Développement et rendu visite au Mémorial du génocide arménien. Alors que les deux pays célèbrent cette année le 30ème anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques, il a parlé lors d’une conférence de presse conjointe «au nom de l’Autriche, de l’Union européenne et de l’OSCE» pour saluer le fait que «des pas sont faits dans la bonne direction» et pour déclarer que «nous sommes prêts à aider mais vous devez être prêts à accepter notre aide». Le MAE arménien a déclaré à cette occasion qu’aucune décision n’avait été prise concernant l’invitation de la Turquie à participer au Forum diplomatique d’Antalya. Le lendemain le ministère des affaires étrangères arménien a annoncé que la prochaine réunion des représentants spéciaux turc et arménien dans le cadre de la normalisation des relations entre les deux pays aurait lieu le 24 février prochain à Vienne. Le même jour, la 8ème séance ordinaire de la commission intergouvernementale arméno-autrichienne sur la coopération commerciale, économique, scientifique et technique a été présidée par le vice ministre de l’économie arménien, Rafael Gorgian, et par le directeur général du ministère fédéral autrichien du numérique, des relations commerciales, de l’innovation et de la politique internationale, Florian Frauscher. Le Forum d’affaires arméno-autrichien qui s’est tenu le même jour a réuni plus de 100 représentants des communautés d’affaires des deux pays. Alexander Schallenberg a également rencontré le premier ministre Nikol Pachinian et le président de l’Assemblée nationale Alen Simonian.

02/02/2022 : Rencontre des vice premiers ministres arméniens et russes à Erevan sur les questions de communications régionales sur fond de graves attaques verbales du président azerbaïdjanais.

Le 2 février, Alexeï Overchuk, vice premier ministre russe, est arrivé en Arménie, accompagné du directeur général des chemins de fer russe, Oleg Belozerov, pour rencontrer son homologue, Mher Grigorian, en présence de l’ambassadeur russe Sergeï Kopirkin afin d’étudier ensemble les perspectives de rétablissement des communications de transport dans le sud-Caucase. L’opérateur prévu de l’infrastructure de la ligne de chemin de fer Yerashk-Joulfa-Ordoubad-Meghri-Horadiz est en effet la Compagnie des Chemins de fer du Caucase sud, filiale des chemins de fer russe. Nikol Pachinian, le premier ministre arménien, a déclaré lors d’une réunion gouvernementale le 3 février : «nous sommes sur le point d’enregistrer les premiers résultats concrets du groupe de travail trilatéral sur le déblocage des communications».

Cette réunion s’est tenue le lendemain de la rencontre entre le vice ministre russe des affaires étrangères, Andrei Rudenko, et le représentant spécial de l’U.E pour le sud-Caucase, Toivo Klaar, et du dépôt à l’ «Assemblée nationale d’Artsakh» de facto d’un «projet de loi sur les territoires occupés» visant une interdiction des activités des organisations étrangères souhaitant opérer sans l’autorisation du «gouvernement d’Artsakh», texte qui devrait être discuté en première lecture le 16 février prochain pour une approbation finale le 20 février. Le 31 décembre, Ilham Aliev, le président azerbaïdjanais, avait déclaré lors d’une interview à l’agence de presse Azertac «La guerre est finie. Oui nous disons qu’il doit y avoir la paix. Mais nous ne devons jamais oublier la sauvagerie arménienne et le fascisme arménien» alors que se profile la commémoration du massacre de Khodjali par les forces arméniennes le 26 février 1992. Arman Tatoyan le défenseur des droits arménien, a déclaré en réponse le 2 février que ces discours «seront envoyés aux instances internationales» ainsi qu’il a publié un rapport dans la foulée « sur la politique de haine et d’hostilité envers les Arméniens comme cause de violations des droits humains pour des motifs ethniques ». Par ailleurs, le 4 février, le ministère arménien des affaires étrangères a répondu aux déclarations de la veille du ministre des affaires étrangères azerbaïdjanais, Djeihun, Bayramov, faites lors de sa conférence de presse conjointe avec le MAE hongrois, Peter Szijarto, accusant l’Arménie de poser des préconditions inacceptables et selon lesquelles « l’Arménie n’a aucun droit moral, juridique ou politique de poser des conditions sur le processus de démarcation ». L’attaché de presse du ministère, Vahan Hounanian, a ainsi déclaré qu’«il découle de la déclaration signée par les dirigeants des trois pays que les activités de la commission de délimitation et de démarcation doivent être précédées de la conclusion d’accords sur des mesures visant à accroître le niveau de stabilité et de sécurité à la frontière». Une visioconférence a eu lieu entre les dirigeants des deux pays en présence du président français Emmanuel Macron et du président du Conseil européen, Charles Michel, le 4 février.

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