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VEILLE SUD-CAUCASE – du 2 avril au 8 avril 2022

02/04/2022: Visite du « président de la République d’Ossétie du sud » à Donetsk et Marioupol.

Le « président » sud-ossète, Anatoli Bibilov, s’est rendu le 2 avril à Donetsk où il a rencontré le « chef de la République populaire de Donetsk », Denis Pouchiline, avant de se rendre à Marioupol en compagnie de Dmitry Sablin, député russe depuis 2003 et membre du parti au pouvoir « Russie unie », par ailleurs co-dirigeant de l’organisation d’anciens combattants “Fraternité combattante” et du mouvement nationaliste “anti-Maidan”, afin de visiter l’hôpital n°2 du 17ème district, où il aurait remis des fournitures médicales, ainsi que dans le district de Nikolske/Volodarske, où il a visité un centre d’hébergement pour réfugiés.

« Pour nous tous, ainsi que pour tous les peuples vivant dans la Fédération de Russie, la Russie est la patrie historique. Et cette patrie historique relie l’Ossétie du Sud, la République populaire de Donetsk, et la République populaire de Lougansk, et rassemble l’ensemble du monde russe. Et à cet égard, nos aspirations sont absolument unies, notre attitude envers la Russie est inébranlable. L’Ukraine n’a rien décidé sur son propre terrain depuis longtemps. Par conséquent, nous sommes tous maintenant la Russie, nous sommes tous le Donbass.Je suis absolument sûr que la République populaire de Donetsk sera libérée. L’opération militaire spéciale vise précisément cela, le message de Vladimir Vladimirovitch Poutine est absolument correct. Il a toujours dit que si le peuple décidait de son avenir, alors aucun obus, aucune artillerie ne pourrait interférer avec cette aspiration. Je suis absolument sûr que les habitants du Donbass vont gagner. Je suis absolument sûr que la Russie gagnera. Et je suis absolument sûr que la république populaire de Donetsk, malgré toute la gravité qui existe aujourd’hui, s’épanouira et se développera » a-t-il déclaré.

02/04/2022 : Premier Forum d’Investissement abkhaze à Sotchi.

Le 2 avril, Sotchi a accueilli le premier Forum d’Investissement abkhaze auquel ont participé le «ministre des Affaires étrangères» abkhaze Inal Ardzinba, la présidente de la Chambre de commerce et d’industrie d’Abkhazie, Tamila Mertskhulava, la rédactrice en chef de Russia Today, Margarita Simonian, le chef du « Groupe AR » de promotion immobilière, Haïk Zebelian, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Sotchi, Taras Yarosh ainsi que plusieurs entrepreneurs d’Abkhazie et de Russie.

04/04/2022 : Le «ministère de l’Éducation, des Sciences, de la Culture et des Sports de l’Artsakh» dément l’origine azerbaïdjanaise des restes humains découverts au Karabakh sur la base d’arguments craniologiques.

Le 04 avril, le « Ministère de l’éducation, des sciences, de la culture et des sports de l’Artsakh » a affirmé que les restes humains découverts par la partie azerbaïdjanaise au Karabakh n’appartenaient pas à des Azerbaïdjanais sur la base de l’argument suivant : « Les crânes humains présentés dans la vidéo [azerbaïdjanaise] ont une structure brachycéphale (tête ronde) de type anthropologique arménoïde typique des Arméniens, tandis que la population d’Azerbaïdjan a une structure dolichocéphale (tête longue) de type anthropologique caspien. Tous les os présentés ont une surface lisse, ce qui, au sens archéologique, signifie qu’ils n’ont pas 30 ans, mais des siècles, alors que les ancêtres nomades de la population azerbaïdjanaise n’ont envahi ces parties de l’Artsakh qu’aux 18ème et 19ème siècles ».

04/04/2022 : L’Ukraine accuse la Géorgie d’accueillir un « canal de contrebande de marchandises » à destination de la Russie.

La direction du renseignement du ministère de la Défense ukrainien a dénoncé le 4 avril la mise en place par des « agents russe » de « filières de contrebande qui passent notamment par la Géorgie » afin de « contourner les sanctions ». La déclaration assure que «  dans le même temps, les représentants des services spéciaux géorgiens ont reçu pour instruction des dirigeants politiques de ne pas interférer avec les activités des passeurset informe d’ « un autre canal pour l’approvisionnement en biens militaires de la Russie » par « l’Asie de l’Est ».

Ned Price, le porte-parole du Département d’État américain, a quant à lui, déclaré le même jour qu’il n’était pas «  en mesure d’étayer ou de parler de l’allégation [que l’Ukraine a mentionné] » et que « [les pays qui cherchent à contourner les sanctions] subiront des conséquences s’ils tentent de contourner les sanctions ou s’ils entreprennent des actions qui, autrement, contribueraient à l’effort de guerre de Moscou ».

Le service de sécurité de l’État géorgien a demandé le 5 avril à l’Ukraine de «  fournir immédiatement des preuves de ces informations afin d’assurer une réponse légale » assurant que le gouvernement géorgien serait « intransigeant à l’égard de tout éventuel crime de ce type ». Le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Dimitri Kuleba, a déclaré en réponse le même jour : « Nous attendons des preuves officielles et des arguments convaincants de la Géorgie qu’ils ne font pas cela. Ensuite, nous déciderons des mesures à prendre si ces preuves et arguments ne sont pas suffisamment convaincants ».

04/04/2022 : Création d’un « groupe d’initiative » en Ossétie du sud pour organiser un referendum sur l’adhésion à la Fédération de Russie.

Le 4 avril, l’ »agence de presse d’État Res » d’Ossétie du sud a informé de la création d’un « groupe d’initiative » pour organiser un referendum sur l’adhésion à la Fédération de Russie assurant que tous les députés avaient voté à l’unanimité en la faveur dudit referendum. Le lendemain, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Andrey Rudenko, aurait déclaré : « Attendons d’abord les résultats des élections qui auront lieu en Ossétie du Sud le 10 avril, il y aura des élections présidentielles là-bas. Ensuite, on parlera de tout le reste : du référendum, de la réaction de la communauté internationale, y compris des États-Unis. Nous ne devrions probablement pas en discuter à l’avance ».

Le dépôt de la demande d’enregistrement auprès de la « Commission électorale centrale » a été confirmée le 6 avril. La question proposée pour soumission à un référendum est : « Soutenez-vous l’unification de la République d’Ossétie du Sud et de la Russie ? ». Le groupe d’initiative comprendrait le « président de la République », Anatoli Bibilov, ainsi que ses 3 prédécesseurs, Ludwig Chibirov, Eduard Kokoity et Leonid Tibilov. Il serait représenté par le président du Parlement, Alan Tadtaev, le premier vice-Président du Parlement, Piotr Gassiev, et l’assistant du « Président », Atsamaz Kasaev. Il se composerait de 26 personnes au total. Cette décision d’enregistrement devrait, selon la loi constitutionnelle intervenir dans un délai de 15 jours.

04/04/2022 : Condamnation de 20 militants d’extrême droite en Géorgie pour l’attaque du 5 juillet contre des journalistes.

Le tribunal municipal de Tbilissi a condamné le 4 avril 20 militants d’extrême droite du mouvement Alt Info ayant plaidé non coupable concernant des accusations d’agression contre des manifestants et 53 travailleurs des médias, le 5 juillet dernier, lors de la marche des fiertés LGBTI. 19 d’entre eux ont écopé de peines de 1 à 5 ans de prison. Lors de la première audience, 7 organisateurs de ces contre-manifestations avaient été condamnés à des peines de plusieurs mois de prison.

04/04/2022 : Déclaration de la Défenseure publique sur l’aggravation de la situation des Droits de l’Homme en Géorgie et rapport accablant du Service de Recherche du Parlement Européen.

Le 4 avril, Nino Lomjaria, la Défenseure publique de Géorgie a rendu son rapport sur la situation des Droits de l’Homme en Géorgie en 2021. A cette occasion, elle a pointé plusieurs dysfonctionnements en commençant par l’abolition du service de l’Inspecteur d’État, les changements législatifs réduisant le degré d’indépendance des juges et les ingérences et les menaces à son encontre.

Elle est, par ailleurs, revenue sur l’ « affaire des cartographes », c’est à dire l’arrestation de deux experts en juillet 2020 dans le cadre de leur participation au processus de démarcation et de délimitation des frontières entre l’Azerbaïdjan et la Géorgie, et qui ont été accusés de vouloir transférer une portion du territoire souverain à leur voisin sud-caucasien. Elle a, à ce sujet, dénoncé des « graves lacunes juridiques  » et des « connotations politiques évidentes ».

Elle a également souligné la tendance à la restriction de la liberté d’expression dans le pays et un « environnement menaçant et hostiles dans lequel opèrent les journalistes, les militants de la société civile et les défenseurs des droits de l’homme ». Elle a notamment dénoncé une « violence disproportionnée » utilisée dans le cadre de la dispersion des manifestants, particulièrement le 5 juillet dernier lors de la marche des fiertés LGBTI qu’elle a qualifié de « l‘un des jours les plus tristes de l’histoire récente du pays, où l’État chargé de protéger les Droits de l’Homme et la sécurité n’a pas rempli sa fonction”.

Nino Lomjaria a également évoqué des cas de surveillance secrète sur des « représentants du secteur civil, des journalistes, des politiciens, des membres du clergé et des diplomates », la « gestion informelle dans les établissements pénitentiaires, qui vise à faire taire les détenus, à les empêcher de parler des problèmes et à maintenir un ordre illusoire dans les établissements » ou la situation problématique dans les orphelinats et institutions psychiatriques en déclarant : « L’année dernière, des violations systématiques des droits des enfants, des insultes, des traitements inhumains et dégradants de mineurs au fil des ans, ainsi que des signes de crimes sexuels présumés contre des enfants ont été révélés à l’internat de Ninotsminda ». Enfin, elle a déploré que « les tendances à la baisse des cas de féminicide et de tentative de féminicide ne sont toujours pas observées”.

Par ailleurs, le 5 avril, le Parlement européen a reçu l’évaluation préparée par l‘unité d’évaluation du Service de Recherche du Parlement européen (SRPE) qui déclare que « la Géorgie a gravement reculé en ce qui concerne les principes démocratiques fondamentaux et les principaux engagements politiques pris dans le cadre de l’accord d’association ».

06/04/2022 : Détention d’un citoyen géorgien en Ossétie du sud.

Le Service de sécurité de l’État géorgien a dénoncé le 6 avril la détention du citoyen géorgien Giorgi Kujoshvili originaire du village d’Akhalubani dans la municipalité de Mtskheta sur la ligne de démarcation avec l’Ossétie du sud, dans le village d’Adzvi dépendant officiellement de la municipalité de Gori. La ligne directe administrée par la mission de surveillance de l’Union Européenne a été activée.

06/04/2022 : Rencontres entre le président du Conseil européen et les dirigeants arménien et azerbaïdjanais à Bruxelles.

Suite à des rencontres bilatérales le 6 avril dans l’après-midi, une rencontre trilatérale de 4 heures a eu lieu à Bruxelles dans la soirée entre le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, et le président du Conseil européen, Charles Michel, qui a qualifiée la réunion d’ « excellente et très productive » et qui a noté « beaucoup de progrès » réalisés. Il a ainsi fait état de la décision commune de « lancer un processus concret de pourparlers de paix, afin de préparer un éventuel traité de paix » et de la mise en place d’ « groupe de travail, une commission paritaire, afin d’aborder les questions de délimitation, qui sont sensibles ». Selon Charles Michel, « le processus [vers un traité de paix] est enclenché ». « C‘est extrêmement clair » a-t-il déclaré en ajoutant « il a commencé ce soir » lors d’un échange avec les médias.

La déclaration de Charles Michel publié par le Conseil européen avance qu’ « il a été convenu de charger les ministres des Affaires étrangères de travailler à la préparation d’un futur traité de paix, qui traiterait de toutes les questions nécessaires » et que « conformément à la déclaration de Sotchi du 26 novembre 2021, il a également été convenu de convoquer une commission mixte des frontières d’ici la fin avril ». Cette commission aurait pour objectif de « délimiter la frontière bilatérale entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan » et d’ « assurer une situation sécuritaire stable le long et à proximité de la frontière ». Il a également insisté aussi sur la nécessité d’une « distance appropriée des forces » et de la « restauration des infrastructures de communication/connectivité entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en particulier et dans le Caucase du Sud plus largement ». Le document final ne ferait pas, à la grande satisfaction de l’Azerbaïdjan, mention de l’entité territoriale et administrative « Nagorno-Karabakh » ni de celle du « groupe de Minsk ».

Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, a déclaré à ce sujet : « C’est positif. Il est clair que ce processus est un processus très, très long, mais les progrès vers la conclusion d’un tel document sont un fait très positif et nous nous en félicitons ».

Le ministère de la Défense azerbaïdjanais avait accusé le 4 avril la partie arménienne de violations du cessez le feu et de tirs en direction de la colonie de d’Agdam dans la région de Tovouz, ainsi que le 7 avril concernant des tirs dans la même direction le 6 avril au soir, allégations démenties par le ministère de la Défense arménien les mêmes jours.

Le 5 avril, le président de la commission permanente des relations extérieures du Parlement arménien, Eduard Aghajanyan avait déclaré que « le contexte qui [précédait] cette réunion, pour ne pas dire plus, n’[était] pas le meilleur contexte » et que « l’expérience [montrait] que Bakou n’[était] pas vraiment intéressé par l’établissement de la paix ». Par ailleurs, plusieurs mouvements d’opposition arméniens, dont « J’ai l’honneur » d’Arthur Vanetsian et Serge Sarksian et « Hayastan » de Robert Kotcharian, avaient organisé un grand rassemblement qui aurait rassemblé près de 11 200 personnes sur la Place de la Liberté à Erevan tout en appelant « à ne signer aucun accord avec l’Azerbaïdjan qui pourrait interférer avec la pleine réalisation du droit du peuple d’Artsakh à l’autodétermination », à « exclure tout statut de l’Artsakh au sein de l’Azerbaïdjan ainsi que toute situation dans laquelle l’Artsakh [perdrait] son lien terrestre avec l’Arménie et se [retrouverait] dans une situation d’enclave » et à « ne conclure aucun accord impliquant l’établissement de relations avec la Turquie, qui pourrait remettre en cause le fait du génocide arménien ».

07/04/2022 : L’Arménie et l’Azerbaïdjan ne prennent pas part au vote de l’Assemblée Générale de l’ONU concernant la suspension de la Russie du Conseil des Droits de l’Homme.

L’Assemblée générale des Nations Unies a suspendu la participation de la Russie au Conseil des Droits de l’Homme le 7 avril, à l’initiative des États-Unis, avec 93 voix pour, 24 contre et 58 abstentions. L’Arménie, qui appartient à l’Union Économique Eurasiatique depuis 2014, n’a pas pris part au vote, contrairement aux autres membres que sont la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizistan qui ont voté contre. L’Azerbaïdjan n’a pas pris part au vote non plus. La Géorgie s’est prononcée en faveur de cette décision.

08/04/2022 : La liste des « pays hostiles » publiée par la Biélorussie n’inclut pas la Géorgie.

Suite à la publication d’une liste des « pays hostiles » par la Russie le 3 mars dernier, la Biélorussie, en réponse aux sanctions qui pèsent également sur elle, vient de publier sa propre liste sur laquelle la Géorgie n’apparaît pas. Il est à noter que le 14 juillet dernier, un accord de coopération entre les services de sécurité des deux États est également entré en vigueur.

08/04/2022 : Déclaration du MAE russe suite au refus de la France et des États-Unis de communiquer avec la partie russe sous le format du groupe de Minsk concernant la résolution du conflit du Karabakh.

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a déclaré à la suite de sa rencontre avec son homologue arménien, Ararat Mirzoyan, le 8 avril que les «  partenaires français et américain de ce groupe [groupe de Minsk], dans une frénésie russophobe, dans le but d’annuler tout et n’importe quoi lié à la Fédération de Russie, ont dit qu’ils ne communiqueraient pas [avec la Russie] sous ce format » et qu’en conséquence, il ne savait pas quel serait le sort futur de la « troïka » des coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE sur le règlement du conflit du Karabakh.

Il a, par ailleurs, déclaré :  « Les tentatives occidentales de retirer la Russie du groupe de Minsk de l’OSCE sont irresponsables. Les États-Unis et la France sont prêts à sacrifier les intérêts du règlement au Haut-Karabakh et en Transcaucasie […] Ces pays obligent tout le monde à cesser de coopérer sur tous les fronts juste pour prouver leur capacité à dicter leur volonté unilatérale […] Je considère une telle approche comme absolument irresponsable, elle ne nous poussera pas dehors, ce choix n’est pas le nôtre. […] Nous avons confirmé aujourd’hui que la décision des dirigeants de la Russie, de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, selon laquelle la commission de délimitation sera bilatérale avec la participation consultative de la partie russe, reste en vigueur ».

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