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VEILLE SUD-CAUCASE – du 19 mars au 25 mars 2022

19/03/2022 : Protestation de l’Arménie contre la visite du représentant de l’ONU à la conférence de Choucha pour les 30 ans de l’accession de l’Azerbaïdjan à l’ONU.

La conférence organisée à Choucha le 18 mars par les autorités azerbaïdjanaises pour célébrer les 30 ans de l’accession de l’Azerbaïdjan aux Nations Unies a fait l’objet de vives critiques de la part de la partie arménienne. Le ministère des Affaires étrangères arménien a remis une lettre de protestation à la coordinatrice résidente des Nations unies en Arménie, Lila Pieters Yahia, lui demandant de « prendre des mesures pour rétablir la position de neutralité de l’ONU dans le contexte du conflit du Haut-Karabakh ». A son tour, le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a répondu le 20 mars par la voix de sa porte parole Leyla Abdullayeva qui a déclaré que « l’organisation de tout événement sur les territoires souverains de la République d’Azerbaïdjan et la participation de représentants internationaux à cet événement ne relèvent pas de la compétence de l’Arménie ». « L’ingérence de l’Arménie dans les affaires intérieures d’un autre État est infondée et inacceptable […] L’ONU n’a jamais adopté une position neutre sur l’ancien conflit arméno-azerbaïdjanais, mais a soutenu l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan» a-t-elle ajouté.

21-25/03/2022 : Situation sécuritaire au Karabakh : nouvelle coupure de gaz et escarmouches dans la région d’Askeran.

Suite à la remise en fonction du gazoduc alimentant les foyers de 120 000 Arméniens au Karabakh le 18 mars, l’arrivée du gaz a de nouveau été interrompue le 21 mars. Les autorités arméniennes ont ainsi pointé la responsabilité de l’Azerbaïdjan en évoquant l’installation azerbaïdjanaise d’une vanne permettant de fermer le flux de gaz. Nikol Pachinian, Premier ministre de l’Arménie a ainsi dénoncé une « politique de nettoyage ethnique » et le MAE arménien, Ararat Mirzoyan, a déclaré « nous considérons comme inadmissible cette politique scandaleuse de violence systématique contre les Arméniens d’Artsakh » tout en appelant à une « réponse claire » de la communauté internationale et à « une implication immédiate et sans entrave des organisations humanitaires internationales ». Le MAE du « Nagorno-Karabakh », a quant à lui parlé de « terrorisme humanitaire », d’ « une autre manifestation de haine et de nationalisme ». La défenseure des droits de l’homme d’Arménie, Kristine Grigorian, et le défenseur des droits de l’homme d’ « Artsakh », Gegham Stepanian, ont dénoncé dans une déclaration commune « un instrument de vengeance mesquine ». Le service de l’action extérieure de l’UE a appelé à la « reprise immédiate de l’approvisionnement en gaz des populations locales touchées particulièrement dans le cadre des conditions météorologiques extrêmes ».

Par ailleurs, la partie arménienne a dénoncé des tirs azerbaïdjanais à l’aide de drone Bayraktar TB-2 le 25 mars ainsi qu’un franchissement illégal de la ligne de contact en direction du village de Parukh dans la région d’Askeran le 24 mars. Des femmes et des enfants du village de Khramort et de Parukh auraient ainsi fait l’objet d’une évacuation. L’Armée de défense arménienne aurait à déplorer 2 morts et 5 blessés.

Ces allégations ont été démenties par le MAE azerbaïdjanais le 25 mars par une déclaration avançant que ces accusations étaient « une nouvelle tentative [de l’Arménie] d’induire la communauté internationale en erreur » et que « la partie arménienne [était] engagée dans la désinformation, gonflant artificiellement le problème ». Il a ainsi expliqué la rupture de fourniture en gaz par les conditions météorologiques difficiles. Concernant les mouvements de troupes, il a déclaré : « nos postes clarifient les positions et les emplacements; aucun incident ne s’est produit ».

Le 21 mars, le MAE russe, Sergueï Lavrov, s’est entretenu avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais, Ararat Mirzoyan et Djeyhun Bayramov. Le 23 mars, Ararat Mirzoyan a abordé les propositions récentes de l’Azerbaïdjan en ces termes : « il n’y a rien d’inacceptable pour l’Arménie dans les propositions de l’Azerbaïdjan mais elles ne sont pas complètes ». Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgu, s’est entretenu séparément les 24 et 25 mars, avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais, Suren Papikian et Zakir Hasanov, afin de discuter des « moyens de stabiliser la situation au Haut-Karabakh et de maintenir la sécurité dans le Caucase ». Le 22 mars, le vice-ministre azerbaïdjanais de la Défense, Karim Valiyev avait reçu une délégation conduite par le commandant en chef adjoint des forces de maintien de la paix, Alexeï Kim, et il avait abordé la question du retrait des « groupes armés arméniens illégaux » au Karabakh. Le 25 mars, Ararat Mirzoyan a rencontré le président en exercice de l’OSCE, Andrzej Kasprzyk, et s’est aussi entretenu au téléphone avec Karen Donfried, sous secrétaire d’État américaine aux affaires européennes et eurasiennes.

L’Arménie a saisi la Cour Internationale de Justice pour violation des « droits du peuple du Haut-Karabakh » concernant le stationnement azerbaïdjanais près du village de Khramort, le harcèlement de sa population et la rupture de fourniture de gaz de la région, après avoir saisi la CEDH pour les mêmes motifs.

22/03/2022 : Dénonciation russe du mandat d’arrêt de la CPI à l’encontre de 3 responsables sud-ossètes et visite du MAE abkhaze à Moscou.

La porte parole du MAE russe, Maria Zakharova, a dénoncé le 22 mars la décision du Procureur de la Cour Pénale Internationale, Karim Khan, concernant les mandats d’arrêt du 10 mars lancés à l’encontre de trois responsables sud-ossètes pour crimes de guerre en affirmant qu’il avait décidé de « contribuer à l’hystérie anti-russe qui fait rage aux États-Unis, dans l’UE et dans les organes qu’ils contrôlent ». Selon elle, « le moment choisi pour délivrer les mandats d’arrêts et le choix des parties accusées ont clairement montré que la CPI a toujours été et reste un outil obéissant de l’Occident ». Elle a aussi rappelé que la Russie n’était pas tenue de coopérer avec la Cour puisqu’elle ne fait pas partie du Statut de Rome. Les autorités sud-ossètes avaient déclaré la veille, par la voix de leur ministre des Affaires étrangères, qu’elles rejetaient « catégoriquement » toute interaction avec la CPI et que cette « plate forme partiale au sens politique adoptée par cette organisation comme base d’enquête sur les événements d’août 2008 [n’avait] rien à voir avec la justice » tout en assurant que les personnes désignées dans cette affaire avaient fait « tout leur possible pour sauver la vie de ces personnes [prisonniers de guerre et civils géorgiens], pour assurer leur sécurité […] et plus tard de les transférer du côté géorgien ».

Le 22 mars, le MAE de facto de l’Abkhazie, Inal Arzinba, rencontrait à Moscou les députés de la Douma et le secrétaire d’État de l’État de l’Union entre la Russie et la Biélorussie, Dimitri Mezentsev. Si ces rencontres ont abordé le renforcement des liens politiques et économiques avec la Russie, il a aussi été question de simplifier les procédures de passage au poste de contrôle de Psou pour les ressortissants russes dans la partie nord-ouest de l’Abkhazie. Cette question a été jugée par lui pertinente dans le contexte de la « situation internationale émergente » faisant allusion à la guerre en Ukraine. Le soutien russe à la restauration de l’aéroport de Sokhoumi a aussi été abordé ou le développement des liens éducatifs, culturels et humanitaires avec l’État de l’Union Biélorussie-Russie.

22/03/2022 : Commémoration arménienne du massacre de Choucha. 

Le 102ème anniversaire du massacre de Choucha a fait l’objet d’une déclaration du ministère des Affaires étrangères arménien le 22 mars introduit par ces termes: « Aujourd’hui, nous nous inclinons devant la mémoire des victimes innocentes du génocide de la population arménienne de la ville de Chouchi, perpétré par les autorités de la République démocratique d’Azerbaïdjan créée artificiellement il y a 102 ans, du 22 au 26 mars 1920 » et avançant que « les massacres de Chouchi, auxquels des officiers et des émissaires turcs ont pris une part active, visaient à transférer le génocide arménien en Arménie orientale dans le cadre de la mise en œuvre de l’idéologie pan-turque […]  Tant en 1920 qu’en 2020, l’Azerbaïdjan a cherché non seulement à anéantir la population arménienne de la ville de Chouchi et de l’Artsakh dans son ensemble» avant de conclure « il est impossible de détruire l’esprit arménien de Chouchi, qui est inextricablement lié à l’Artsakh. Il a été relancé en mai 1992 et sera relancé à nouveau ».

23-24/03/2022 : Déclaration de Salomé Zurabishvili dans le cadre des rencontres OTAN-Géorgie et du 3ème exercice conjoint : la présidente de plus en plus en porte à faux avec le gouvernement.

Le secrétaire général adjoint de l’OTAN pour le renseignement et la sécurité, David Cattler, a rencontré le 23 mars à Tbilissi le ministre géorgien de la Défense, Juansher Burchuladze, ainsi que le chef de la sécurité de l’État, Grigol Liluashvili. Plusieurs points de coopération ont ainsi été abordés : défis hybrides et désinformation, impact de la guerre en Ukraine, paquet substantiel OTAN-Géorgie, situation en Abkhazie et en Ossétie du sud. Cette visite est intervenue en plein déroulement du 3ème exercice OTAN-Géorgie qui a eu lieu du 22 au 24 mars. David Cattler a aussi rencontré le Premier ministre géorgien, Irakli Garibashvili, et le président de la commission parlementaire de défense et de sécurité, Irakli Beraia. Un renforcement de la coopération entre l’OTAN et la Géorgie a été convenu aux fins de modernisation de l’armée géorgienne.

Le 24 mars, une cérémonie réunissant la présidente de la République, Salomé Zurabishvili, le Premier ministre et le président du Parlement, Shalva Papuashvili, a eu lieu au centre conjoint d’entraînement et d’évaluation OTAN-Géorgie. Salomé Zurabishvili y a insisté sur les défis que l « agression russe en cours » fait peser sur « la paix et la sécurité internationale ». La participation de 20 pays membres de l’OTAN à ces exercices a été mis en exergue lors de son discours pour avancer que c’était « en soi une réponse aux menaces répétées de la Russie ».

Cette dernière, est de plus en plus dans le collimateur du gouvernement depuis son discours au Parlement du 14 mars, très critique vis à vis du gouvernement et lui reprochant son manque de fermeté vis à vis de la Russie dans le contexte de la guerre en Ukraine. Elle s’est entretenue par téléphone le 22 mars avec Josep Borell, haut-représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, afin de parler de « la voie d’intégration européenne accélérée de la Géorgie et de la sécurité, y compris de la sécurité en mer Noire ». ce dernier a déclaré que l’UE était prête « à intensifier sa coopération avec la Géorgie ». Par ailleurs, dans une allocution vidéo datant du 24 mars, elle s’est adressée au peuple ukrainien en déclarant « Nous Géorgiens, vous soutenons, sommes avec vous contre l’agression russe ». Ces différentes sorties de la présidente ont eu pour conséquence une vague de déclarations de la majorité gouvernementale de renouvellement du soutien à l’Ukraine, par la voix du vice-président du Parlement, Archil Talakvadze, du MAE, David Zalkaliani, et du président du parti au pouvoir « Rêve géorgien », Irakli Kobakhidze, qui se sont tous encore abstenus de mentionner nommément la Russie.

Irakli Garibashvili, le Premier ministre géorgien, s’est entretenu par téléphone avec le chancelier allemand, Olaf Scholz, le 22 mars, afin de demander un « fort soutien » de l’Allemagne dans la procédure d’examen de la demande d’adhésion de la Géorgie. Cette démarche a reçu le soutien renouvelé du président polonais Andrzej Duda et du MAE roumain, Bogdan Aurescu, cette semaine.

22/03/2022 : Retrait soudain de la loi sur la citoyenneté en Abkhazie.

Le 22 mars, suite aux pressions du parti Aruaa des anciens combattants, les députés abkhazes se sont réunis en session extraordinaire afin d’annuler la série d’amendements à l’article 47 du « Code civil » et à la « loi sur les actes de l’état civil » adoptée la veille par l’« Assemblée populaire d’Abkhazie » en deuxième et troisième lecture. Valery Kvarchia, le président de l’Assemblée avait initiée cette démarche en mars 2021 et avait déclaré la veille : «Dans les années 1930, des milliers d’Abkhazes ont changé de nationalité du jour au lendemain et personne ne leur a demandé leur avis […] Notre vote pour ces amendements aujourd’hui nous fera rester dans l’histoire ».

Cette loi devait, selon lui, permettre « aux citoyens d’Abkhazie, aux citoyens étrangers et aux apatrides qui ont atteint l’âge de dix-huit ans et vivent en Abkhazie de restaurer leur appartenance ethnique abkhaze » et d’éviter « les restrictions aux droits des citoyens d’une certaine catégorie qui veulent recouvrer leur nationalité ». Cette loi devait concerner les « Abkhazes vivant dans différents pays du monde et des représentants du peuple Samurzakan qui ont été contraints de changer de nationalité » mais également les 30 000 habitants géorgien du district de Gali. C’est ce point qui a soulevé une opposition et un revers soudain du passage de la loi susdite, plusieurs députés refusant que les Géorgiens de Gali accèdent automatiquement à la citoyenneté abkhaze en cas de choix de l’ethnicité abkhaze. Ceux ci ont été déchus de leur citoyenneté en 2014 et 2017 sous la précédente administration de Raul Khajimba.

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