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VEILLE RUSSIE – du 1 octobre au 7 octobre 2022

Equipe de veille Russie: Ilinka Léger, Enzo Padovan, Arnaud Huss

01/10/2022 : Le gouvernement russe a limité le trafic routier en Russie pour les entreprises européennes – Enzo Padovan

Le 1er octobre, selon les journaux Meduza et Svoboda, le gouvernement russe a adopté des mesures de représailles à l’encontre de la majorité des Etats européens. La semaine précédente, l’Union Européenne a en effet annoncé une nouvelle vague de sanctions contre Moscou, en réponse à l’annexion de 4 régions ukrainiennes par l’administration de Vladimir Poutine. Le premier ministre russe, Mikhaïl Michoustine, a donc signé un décret interdisant le transport terrestre, pour les entreprises issues des 27 pays de l’Union. S’y ajoutent aussi les entreprises norvégiennes, britanniques et ukrainiennes qui soutiennent elles aussi les sanctions économiques contre la Russie.

Ce décret entrera en application le 10 octobre, et se maintiendra jusqu’au 31 décembre 2022. Quelques produits en particulier sont, cependant, épargnés par les interdictions. Toujours selon Svoboda, le tabac, les boissons (alcoolisées ou non), et une partie du secteur alimentaire (les produits laitiers et la viande) sont exemptés des limitations. L’effet miroir avec les mesures européennes est à souligner : l’UE avait aussi, peu de temps après le début du conflit avec Kyiv, imposé des restrictions sur le transport de marchandises appartenant à des entreprises russes ou biélorusses. Le nouveau paquet de sanctions européennes devrait être validé dans les prochaines semaines.

02/10/2022 : Sortie du sous-marin russe Belgorod, annoncé comme porteur d’un nouveau type d’arme stratégique nucléaire – Arnaud Huss et Ilinka Léger

Le sous-marin Belgorod, dérivé de la classe Oscar II et, lancé en 2019, est sorti en mer baltique, selon plusieurs quotidiens internationaux dont le Times et la Repubblica qui ont relaté la nouvelle le 2 et 3 octobre. Ce sous-marin est capable de lancer le drone océanique à propulsion nucléaire Status-6 Poseidon. Cette arme pourrait porter une charge thermonucléaire de 2 à 100 Mégatonnes. Elle a été annoncée par Vladimir Poutine lors du discours du Manège de 2018. Cette torpille est encore officiellement en phase d’essais. La détonation de cette torpille est capable de provoquer un tsunami afin de raser des villes côtières ou de détruire un groupe aéronaval américain selon les rares informations fournies. Cependant, l’intérêt opérationnel d’une telle arme reste encore en débat face à un vecteur nucléaire classique.

Depuis les récentes annexions, jugées illégales par la communauté internationale, des oblasts de Kherson, Zaporijia, Donetsk et Lougansk, la Russie est en mesure de riposter et de déclencher une guerre totale contre l’Ukraine. En effet, ces régions occupées sont devenues des territoires russes et selon la doctrine d’engagement russe, doivent être protégées par l’armée russe. Les récentes contre-offensives ukrainiennes dans les régions de Kherson et Kharkiv, ont démontré la faiblesse du dispositif conventionnel de l’armée russe. Une fois considérés comme appartenant à la Russie, Moscou pourrait autoriser une frappe nucléaire tactique, en accord avec sa doctrine nucléaire de protection de son territoire. La réelle doctrine nucléaire russe reste en réalité en débat au vu des nombreuses déclarations contradictoires de différentes personnalités militaires russes. A l’inverse des Etats-Unis ou de la France, la Russie n’a pas renoncé à utiliser d’armes nucléaires tactiques comme l’illustre la potentielle nucléarisation des vecteurs de courte portée (Iskander, Kalibr, Kinzhal, Kh-32…). L’effondrement de la puissance conventionnelle russe réveille la crainte d’une frappe tactique en dernier ressort, et le déploiement du Belgorod ainsi que de potentiels essais du Status-6 Poseidon pourraient participer à une manœuvre plus générale de “signaling” nucléaire, avec l’envoi d’Iskander et d’éléments du 12 GUMO.

05/10/2022 : Enquête sur le décès de Daria Douguina – Arnaud Huss et Ilinka Léger

Le New-York Times a publié un article le 5 octobre, fondé sur des informations diffusées par les services de renseignement américains, assurant que les autorités ukrainiennes se trouvent derrière l’attentat contre Daria Douguina, fille d’Alexandre Douguine, un idéologue proche de Vladimir Poutine. Cet attentat, qui s’est produit le 20 août 2022, visait à l’origine Alexandre Douguine lui-même, mais sa fille en a été la victime. Toujours selon le New-York Times, Kiev aurait ainsi «autorisé» l’attaque de sa voiture.

Daria Douguine a étudié en France, à l’université de Bordeaux-Montaigne en 2012-2013. En accord avec les théories développées par son père, elle soutenait le mouvement néo-eurasiste, théorisé en partie par Aleksandr Panarin (de l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences à Moscou) qui défend la vision de Samuel Huntington sur le choc des civilisations, tout en ajoutant une part de lutte entre l’Est et le bloc de l’Ouest.

06/10/2022 : Convocation de l’ambassadeur de Russie au Kazakhstan par le Ministère des Affaires étrangères kazakhe – Arnaud Huss et Ilinka Léger

Le 6 octobre, le Ministère des affaires étrangères du Kazakhstan a fait savoir à la presse locale (Radio Azzatik, Kazakh Telegraph Agency) que l’ambassadeur de Russie au Kazakhstan, M. Aleksei Borodavkin, avait été convoqué la veille «pour une discussion sérieuse». Cette discussion portait sur la déclaration de Maria Zakharova, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, qui a accueilli «avec un profond regret» le retour de l’ambassadeur ukrainien au Kazakhstan. Astana a, par ailleurs, exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes concernant les récents agissements des autorités russes et son opposition au conflit russo-ukrainien. La distance prise vis-à-vis de Moscou ces derniers mois contraste avec la dynamique de rapprochement qu’avait instauré l’intervention militairement russe en début d’année 2022 pour soutenir la présidence de Kassym Jomart Tokayev, dans le cadre de l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective).

07/10/2022 : Le prix Nobel de la paix a été accordé à l’ONG Memorial – Arnaud Huss et Ilinka Léger

Le prix Nobel de la paix a été accordé à l’ONG Memorial, ce vendredi 7 octobre à Oslo, en Norvège. Pour rappel, cette organisation se bat pour la reconnaissance des crimes commis pendant la période stalinienne et la défense des droits de l’Homme dans la Russie d’aujourd’hui. Cette ONG a été dissoute en décembre 2021 par les autorités juridiques russes et opère aujourd’hui depuis sa branche internationale. Elle condamne, par ailleurs, l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le président français, Emmanuel Macron a déclaré via un tweet que l’ONG Memorial, mais également Ales Bialiatski, un opposant politique au régime d’Alexandre Loukachenko, et le Centre pour les libertés civiles en Ukraine, ont été honorés en tant que « des défenseurs indéfectibles des droits humains en Europe ». En effet, la forte symbolique portée par le prix Nobel 2022 est la remise du prix aux activistes bélarusse, russes, ukrainiens en même temps.

07/10/2022 : La CEI se rassemble pour un sommet informel à Saint-Pétersbourg – Enzo Padovan

Le 7 octobre, date du 70ème anniversaire de Vladimir Poutine, la Communauté des Etats Indépendants (ou CEI) s’est rassemblée de façon informelle à Saint-Pétersbourg. The Diplomat révèle ainsi que les dirigeants de l’Arménie, de la Biélorussie, de l’Ouzbékistan, du Kazakhstan et du Tadjikistan seront présents. Selon AzerFocus, Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan, participe aussi à cette rencontre. Si aucune raison particulière n’a été citée pour procéder au rassemblement des Etats membres de la CEI, il est très important de placer cette conférence dans un contexte plus global, où la Russie joue un rôle central.

En effet, la CEI a été créée le 8 décembre 1991, et compte aujourd’hui 9 membres, tous des pays issus de la dissolution de l’URSS. L’Ukraine comme la Géorgie ont quitté la communauté, respectivement en 2018 et en 2008, en raison de la dégradation de leurs relations avec la Russie. Désormais, compte tenu de l’isolation de cette dernière, la CEI rassemble certains des partenaires les plus proches de Moscou, d’où l’intérêt stratégique de les retrouver pour un échange. Cependant, les tensions ne sont pas inexistantes dans leurs rangs : citons l’Arménie et l’Azerbaïdjan, dont les rivalités pour le Haut-Karabagh sont toujours d’actualité, mais il en va de même pour les tensions frontalières entre tadjiks et kirghizes. Ainsi, en raison du rôle qu’y occupe la Russie (traditionnellement médiateur d’une partie de ces conflits), Vladimir Poutine a grand intérêt à assurer la pérennité de cette Communauté d’anciennes républiques soviétiques.

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