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VEILLE EUROPE DE L’EST – Du 29 octobre au 04 novembre 2022

02/11/2022 : La Russie annonce son retour dans l’Initiative céréalière de la mer Noire, quelques jours après sa décision de suspendre l’accord sur l’exportation des céréales. – Alicia Tintelin –

Le 30 octobre, les Nations unies, la Turquie et l’Ukraine ont convenu d’un accord permettant la circulation de bateaux d’approvisionnement dans les eaux turques.

Cet accord est intervenu au lendemain même de la décision de Moscou de suspendre l’accord sur les céréales, conclu en juillet dernier. Cette suspension de sa participation à l’accord faisait suite à une attaque de drones sur sa flotte en Crimée. La Russie avait alors accusé l’Ukraine d’avoir utilisé le corridor sécurisé destiné au transport de céréales pour faire se déplacer les drones: «Les drones maritimes se déplaçaient dans la zone de sécurité ‘corridor des céréales’», avait déclaré le ministère russe de la Défense

L’ accord prévoyant l’exportation de céréales en provenance des ports ukrainiens dans la mer Noire, avait été le seul accord convenu entre la Russie et l’Ukraine depuis le début de la guerre et avait déjà reçu la médiation des Nations unies et de la Turquie. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), cet accord est essentiel puisqu’il doit permettre de répondre aux besoins alimentaires fondamentaux de 45 pays, dont 33 en Afrique.

La décision de Moscou a été fermement condamnée par les dirigeants occidentaux. Joe Biden l’a qualifiée de «scandaleuse», quand son secrétaire d’Etat, Anthony Blinken, alertait sur un acte qui amenait à «utilise[r] à nouveau la nourriture comme une arme», dans un contexte où le monde connaît «des crises humanitaires et une insécurité alimentaire déjà graves». Volodymyr Zelensky a quant à lui dénoncé «un prétexte», puisque la suspension est intervenue en raison, selon Moscou, de l’attaque de drones proche de Crimée, cachant une décision russe qui «ne dat[ait] en fait pas d’aujourd’hui».

L’initiative prévue par l’accord entre la Russie et l’Ukraine était jusque-là chapeautée par le Centre de coordination commun (JCC), basé à Istanbul, et qui a déclaré que les délégations onusiennes, turques et ukrainiennes avaient convenu la mise en place d’inspections sur 40 bâteaux sortants des ports ukrainiens à partir du lundi 31 octobre. «Aucun cargo ne doit devenir une cible militaire, ni être retenu en otage», avait affiché le coordinateur des Nations unies pour l’Initiative sur les céréales ukrainiennes, Amir M. Abdulla.

Moscou a estimé qu’une telle poursuite des exportations en mer Noire sans son accord pourrait se révéler «risquée» voire «dangereuse». Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a averti que : «Dans des conditions où la Russie évoque l’impossibilité de garantir la sûreté de la navigation dans ces zones, un tel accord est difficilement applicable».

Le 2 novembre, la Russie a finalement décidé «la reprise de sa participation à la mise en œuvre de l’Initiative céréalière de la mer Noire», rapportait Stéphane Dujarric, le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU. «Nous n’épargnons aucun effort pour obtenir la participation de tous au Centre, et ce, en coopération et en consultation avec la délégation turque», assuraient tout de même prudemment les Nations unies.

01/11/2022 : La Turquie fait pression sur l’Albanie pour obtenir l’extradition de fugitifs turcs. -Matisse Grenier-

Selon le média local Balkan Insight, le 1er novembre a eu lieu une rencontre à Ankara entre les ministres des Affaires étrangères turc et albanais. Le ministre turc Mevlut Cavusoglu aurait notamment pressé son homologue albanaise Olta Xhacka d’amorcer les procédures d’extradition des fugitifs turcs arrêtés ou en exil en Albanie.

A l’occasion de la rencontre, Mevlut Cavusoglu aurait transmis à Olta Xhacka une nouvelle liste de personnes recherchées par la justice turque. Parmi elles, de nombreux «gulenistes», partisans du prédicateur exilé Fethullah Gülen. Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a classé le mouvement, nommé FETO, comme terroriste depuis qu’il le soupçonne d’avoir orchestré la tentative de coup d’État en 2016.

Par le passé, l’Albanie a déjà extradé des ressortissants turcs vers leur pays, notamment un güleniste en 2020, comme l’avait fait avant son voisin kosovare. Toutefois, ces mesures suscitent les critiques de l’opposition albanaise, de l’Union européenne et des organisations de défense des droits. Cette affaire pose également la question de l’influence turque dans les Balkans occidentaux, notamment au sein des pays à majorité musulmane.

02/11/2022 : La Serbie réhausse sa préparation au combat, après l’observation de drones entrant depuis le Kosovo. -Matisse Grenier-

Selon le média local Balkan Insight, le 2 novembre, le ministre serbe de la Défense Milos Vucevic a relaté les propos du Président Aleksandar Vucic, qui aurait ordonné une augmentation de la préparation au combat. 

Le gouvernement serbe justifie cette mesure par l’observation de drones qui seraient entrés sur le territoire serbe depuis le Kosovo. Le ministre de la Défense du Kosovo, Armend Mehaj, a nié les accusations serbes et préfère parler de «tentative de déstabilisation» et de «prétexte pour accroître la présence militaire serbe le long de la frontière». 

Selon Milos Vucevic, les drones auraient tenté «d’observer les positions des unités des forces armées serbes et de certaines installations». En effet, ces événements interviennent dans le contexte d’un exercice militaire serbe d’envergure nommé «Manœuvre 22». Si les autorités serbes affirment que l’exercice concerne tout le pays, les autorités kosovares y voient surtout une militarisation de leur frontière commune, à l’heure où elles tentent de faire accepter des lois d’unité nationale aux Serbes du Kosovo, notamment la régularisation de leurs plaques d’immatriculation.

01/11/2022 : Le parquet moldave annonce ouvrir une enquête sur les influences de la Russie dans la politique intérieure. -Olivier Husson-

D’après Balkan Insight, le procureur général en Moldavie ont annoncé lundi soir qu’ils lancent une enquête sur de possibles interférences par la Russie dans la politique intérieure moldave.

«Plus exactement, il est question ici de potentielles grandes sommes d’argent offertes par le FSB, service secret russe, pour soutenir des hommes politiques moldaves dans le but de créer une union afin de renverser le régime pro-occidental et de réorienter le régime au profit de la Russie» a dit le procureur général.

Cela vient après une enquête du Washington Post de la semaine dernière, qui a fourni les preuves que l’ancien président Igor Dodon et son Parti Socialiste ont reçu des fonds venant de Russie.

Des preuves supplémentaires ont été apportées par le journal local RISE Moldova, publié le 31 octobre. Trois responsables du FSB sont pointés du doigt: Dmitry Milyutin, Valery Soloha et Ivan Koroli. Selon l’enquête, ils se sont servis de la couverture diplomatique pendant près de dix ans pour financer le Parti socialiste et apporter une expertise technique pour gagner les élections.

Les Etats-Unis ont ajouté ces trois Russes à la liste des sanctions pour avoir interféré dans la politique intérieure.

01/11/2022 : La Russie installe des missiles hypersoniques Kinzhal au Bélarus. -Olivier Husson-

D’après The Telegraph, la Russie a déployé des missiles hypersoniques Kinzhal air-sol dans une base au Bélarus selon le ministère de la Défense britannique.  

Une image satellite prise le 18 octobre montre des avions MIG-31K à côté de caisses suffisamment grandes pour transporter des missiles Kinzhal à la base aérienne de Machulishchy près de Minsk.

«La Russie a tiré des missiles Kinzhal pendant la guerre en Ukraine, mais les stocks sont  probablement très limités» a dit le Ministère de la Défense.

Des missiles Kinzhal avaient déjà été déployés à Kaliningrad. Cette nouvelle installation ne procure qu’un avantage limité, étant donné que les capitales européennes étaient déjà à la portée des missiles selon le MoD.

Ces missiles sont capables d’atteindre Mach 10, dix fois la vitesse du son. De plus les missiles peuvent esquiver les systèmes de défense antimissile, ce qui les rend d’autant plus difficiles à intercepter. Ils peuvent porter 500 kg de charges explosives, soit une tête nucléaire tactique.

«C’est probablement un message envoyé à l’Occident pour montrer symboliquement que le Bélarus soutient la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine.» estime le MoD.

Il faut noter qu’une partie des soldats russes mobilisés sont stationnés au Bélarus bien que le pays ne souhaite pas se joindre à la guerre directement.

02/11/2022 : Construction d’un mur temporaire à la frontière polonaise avec l’oblast russe de Kaliningrad. -Séverine Ly-

Le 2 novembre, le ministre polonais de la Défense, Mariusz Błaszczak, a annoncé la construction d’un mur à la frontière avec l’oblast de Kaliningrad. Cette décision fait suite à la déclaration de l’ouverture de l’aéroport international de l’enclave russe aux vols en provenance du Moyen-Orient et de l’Afrique. 

Un an après la déstabilisation de sa frontière avec la Biélorussie, Varsovie craint une nouvelle instrumentalisation des flux migratoires par la Russie le long des 180 kilomètres qui séparent les deux pays. 

Ainsi, «trois rangées de barbelés (…) de 2.5 mètres de hauteur» devraient permettre à la Pologne de bénéficier d’ «une frontière hermétique» et prévenir de pressions migratoires de Moscou. Des soldats polonais ont déjà été réquisitionnés pour commencer le chantier, forts d’une «expérience appropriée» en Biélorussie. 

Enfin, Błaszczak a demandé à l’opposition de ne pas entraver l’édification du mur  «afin d’assurer le sécurité de la Pologne». 

03/11/2022 : Inauguration du nouveau camp de Cincu en Roumanie par le ministre français des Armées. -Séverine Ly-

Le 3 novembre, le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a inauguré le camp militaire de Cincu en Roumanie. Implanté dans le cadre de la mission AIGLE de l’OTAN, le camp possède «485 blocs de logement» accueillant une partie des 900 soldats belges, néerlandais et français. 

Initialement, le bataillon «Fer de lance» de 500 militaires a été déployé le 28 février en Roumanie près de la mer Noire après l’invasion russe en Ukraine et a pour objectif la «défense du flanc oriental de l’OTAN». 

Déplacé à Cincu, de nombreux défis logistiques ont ralenti l’aménagement du camp et la livraison «d’équipements lourds». Selon Le Monde, le réseau d’eau est en partie «défaillant», le terrain est «argileux» et «le mauvais état des deux ponts à traverser» pour le rejoindre provoque son isolement. 

Cette inauguration s’est terminée par une rencontre entre le ministre français, le président Klaus Iohannis et son Premier ministre Nicolae Ciucă portant sur un renforcement de la coopération franco-roumaine «en matière de défense sol-air».

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