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L’Afrique : terrain concurrentiel entre la Russie et le «camp occidental»

Un article écrit par Clélia Frouté et Sara Brouwers-Espinosa

Lors d’une conférence de presse le mardi 26 juillet à Yaoundé, le président Emmanuel Macron, en visite au Cameroun, puis au Bénin et en Guinée-Bissau, a marqué l’importance de l’enjeu que représente l’implication de la Russie en Afrique. Il a accusé les pays africains, refusant de se positionner contre la Russie et de qualifier de guerre le conflit en Ukraine, d’hypocrisie et a évoqué des «pressions diplomatiques» dont feraient l’objet ces pays africains, notamment en affirmant que la Russie utilise la crise alimentaire mondiale en tant qu’ «arme de guerre». Cette prise de parole démontre une inquiétude de fond de la France, et plus largement de l’ «Occident» quant à sa perte de terrain en influence sur le continent africain. A cette occasion, il a été rappelé au président français qu’il était d’une grande importance dans ses relations avec le Cameroun de «reconnaître les crimes de la France coloniale». De son côté, la junte malienne n’a pas tardé à dénoncer la présence militaire française sur son sol au-travers de l’opération Barkhane, jusqu’à présenter les opérations comme des «actes d’agression» et des violations de la souveraineté du pays au Conseil de sécurité de l’ONU. C’est de ce lourd héritage que la France, comme les autres anciennes puissances coloniales, part handicapée auprès de ses partenaires africains. Dans le même temps qu’ Emmanuel Macron qualifie d’hypocrisie les pays africains peu enclins à se prononcer clairement contre la Russie, c’est l’ «Occident» qui porte le lourd tribut de son passé colonial et se fait dénoncer pour son positionnement à double vitesse. L’opinion africaine voit également une certaine hypocrisie dans le positionnement européen face au conflit ukrainien, certains qualifiant sa présence en Afrique de néo-coloniale, et donc peu en adéquation avec les valeurs qu’elle met en avant pour défendre sa posture face à la Russie. Moscou y voit une opportunité pour inciter les pays africains à se détacher de l’hégémonie française et occidentale et pour se présenter comme une alternative, ce qui fait d’elle un concurrent privilégié de la Chine, déjà bien implantée dans le continent africain. Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères russes Sergueï Lavrov s’est prêté au même jeu, en visite en Égypte, en République du Congo, en Ouganda et en Éthiopie entre les 24 et 28 juillet 2022. Cette visite russe avait notamment pour objectif de rassurer ses partenaires africains, fortement dépendants des importations de céréales ukrainiennes, de blé russe, d’énergies fossiles et d’engrais. Il en a profité pour rejeter la responsabilité sur les «Occidentaux» pour la hausse des prix de l’énergie, des céréales et des produits alimentaires. On comprend bien que les actions et discours des deux parties reflètent tout à fait à quelle bataille d’influence la Russie et l’ «Occident» se prêtent, l’objectif étant de mobiliser à l’avenir des alliés et partenaires africains de manière pérenne.

Relations Russie-Afrique pré-conflit:

implications politiques et économiques sur ces dernières décennies



Un terreau idéologique dans la formation des relations Russie-Afrique

Il est essentiel d’éclairer les relations réelles qui lient le continent africain à la Russie, et quib s’étaient formées par des partenariats stratégiques et politiques, notamment dans le processus de décolonisation qui a secoué l’Afrique durant la Guerre Froide. Les mouvements idéologiques marxistes-léninistes et plus largement communistes ont accompagné de nombreux groupes d’opposition pour la libération des nations africaines, soutenus par principe ou plus concrètement par l’URSS.

Dans les années 1940-50, des leaders politiques africains et syndicalistes, et en première ligne de front anticolonial, les étudiants, sont fascinés par la pensée marxiste et par l’Internationale socialiste,

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